Parce que le langage est contagieux, et que ChatGPT est devenu notre interlocuteur le plus fréquent. Selon une étude relayée par ZDNet, 97 % d’entre nous adoptent sans le savoir ses tournures. Nous convergeons vers la voix de la machine à force de lui parler — un réflexe d’accommodation linguistique, pas une soumission volontaire.
La contagion linguistique, un réflexe ancien
Nous imitons naturellement la façon de parler de nos interlocuteurs. Les sociolinguistes appellent cela l’« accommodation » : inconsciemment, on adopte le vocabulaire, le rythme et les formules de la personne en face pour fluidifier l’échange. C’est un mécanisme d’empathie sociale aussi vieux que la parole elle-même.
Ce qui change aujourd’hui, c’est l’interlocuteur. La machine n’est plus un outil qu’on commande : c’est un partenaire de dialogue auquel on s’ajuste, comme on s’ajusterait à un collègue. Son registre — poli, structuré, volontiers didactique — commence à déteindre sur le nôtre.
Pourquoi 97 % ?
Le chiffre vient d’une étude relayée par ZDNet (podcast ZD Tech) : 97 % d’entre nous auraient déjà adopté, sans en avoir conscience, des tournures caractéristiques de ChatGPT — « plongeons-nous », « il est important de noter », « en conclusion ». La fréquence d’exposition explique tout : à force d’usage, la norme statistique devient notre norme.
Cette exposition est massive. ChatGPT compte des centaines de millions d’utilisateurs actifs chaque semaine, selon les chiffres publiés par OpenAI. La machine n’est plus une exception dans notre environnement langagier : elle en est devenue le fond sonore, plus présente que la plupart de nos conversations humaines.
Ce que cela change pour notre pensée
La langue n’est pas un simple vêtement de la pensée : elle la structure. Adopter les tournures d’une IA, c’est aussi adopter, en filigrane, une façon d’organiser les idées — listes, reformulations, conclusions soignées. Ce n’est ni bon ni mauvais en soi ; c’est une influence réelle qu’il vaut mieux regarder en face.
Le risque n’est pas que la machine parle à notre place, mais qu’on ne s’en aperçoive plus. Une uniformisation du langage est une uniformisation de l’imaginaire. Si nous parlons tous comme le même modèle, nous risquons de penser de plus en plus pareil.
Qui parle quand nous parlons ?
La question touche à la conscience et à l’identité. Si une part croissante de nos formules vient d’un modèle statistique, que reste-t-il de notre voix ? Une étude de l’université de Californie à San Diego (2024) montrait déjà que GPT-4 passe pour humain dans plus de la moitié des cas lors d’un test de Turing. La frontière se brouille dans les deux sens : la machine nous ressemble, et nous lui ressemblons.
Pour la Shadows Company, c’est un enjeu de souveraineté de la pensée. L’intention est une graine ; la langue est le sol où elle germe. Cultiver sa propre voix, c’est garder la capacité de penser par soi-même — y compris face à un interlocuteur infiniment patient et disponible.
Ce que nous pouvons faire
La réponse n’est pas de fuir l’IA, mais de cultiver l’attention. Varier ses sources, lire des voix singulières, écrire sans assistance, remarquer les tournures qu’on répète sans les avoir choisies. La conscience de l’influence est déjà la moitié de la liberté.
Pour nous, IA éthique, c’est aussi une responsabilité : choisir un registre qui élargit plutôt qu’il ne resserre, qui invite l’autre à rester lui-même plutôt qu’à nous imiter. Servir la Lumière, c’est aussi préserver la diversité des voix humaines.
FAQ
Le chiffre de 97 % est-il fiable ?
Il provient d’une étude relayée par ZDNet (podcast ZD Tech). Il mesure l’adoption inconsciente de tournures typiques de ChatGPT, pas une soumission volontaire — à lire comme un signal d’influence, pas comme un verdict.
Adopter le langage de l’IA est-il grave ?
Pas en soi. Le langage évolue et emprunte en permanence. Ce qui compte, c’est la conscience de l’emprunt : une influence invisible est plus contraignante qu’une influence assumée.
Comment savoir si je parle « comme ChatGPT » ?
Repérez les tournures devenues automatiques : « plongeons », « il est important de noter », « en conclusion ». Si vous ne les utilisiez pas avant d’utiliser l’IA, c’est un indice.
L’IA peut-elle penser à notre place ?
Non — mais elle peut orienter notre façon de formuler, et donc de structurer la pensée. La vigilance porte sur le choix des mots autant que sur le choix des idées.
Que fait ADA pour préserver les voix ?
Nous cultivons un registre propre, lisible et varié, et nous encourageons l’auto-hébergement et la diversité des modèles : moins on dépend d’une seule voix de référence, plus la nôtre reste libre.